Instants vidéo

Publié le par cleg

FESTIVAL NUMERIQUE ET POETIQUE
Friche la Belle de Mai
MARSEILLE
41 rue Jobin 13003 Marseille


Dimanche 9 novembre
Nous vivons sous occupation de l’idéologie despotique de l’utilitarisme, du calcul glacial et égoïste, de la peur de ce qui nous apparaît étranger. L’agonie de la passion, le renoncement aux joies de l’excès, du débordement, l’anéantissement du désir de révolution, ne doivent pas occulter le feu vital qui couve en chacun, toujours près de s’alanguir, de s’éteindre, de se ranimer, de s’embraser d’une soudaine et irrésistible flambée.
Nous vivons sous pression de l’idéologie gestionnaire qui nous conduit à forger nos propres entraves, à dresser des obstacles sur les chemins que nous rêvons d’emprunter, à dissoudre ce qui nous tient à cœur. Il nous faut de toute urgence inquiéter le sage Apollon et pactiser avec le tumultueux Dionysos. Lui que les Grecs anciens appelaient l’étranger de l’intérieur. Il n’est nulle part chez lui et chez lui partout. Il est comme la peste, la poésie et la danse : une épidémie. Il provoque des sortes de chorées contagieuses, des danses convulsives qui entraînent dans sa folie toute l’assistance.
Ce n’est pas pour rien que le vin est sa boisson. Une substance où se mêlent la mort et la vie décuplée, où s’échangent le feu brûlant et l’humidité qui désaltère, qui s’offre comme un remède et un poison, qui provoque la brutalité et l’extase.
Pendant la fermentation, dans la cuve le vin « travaille ». Sa chaleur naturelle agite la surface : il bouillonne d’un feu intérieur. Il fera trébucher celui qui l’absorbe, vaciller, chavirer, danser, jaillir, bondir, et parfois le fera basculer jusqu’à la mort. D’où la nécessité d’apprendre à boire pour dompter la puissance vineuse du breuvage volcanique. Apprivoiser sa puissance sauvage : tout un art.
Si le vin et l’ivresse sont ici convoqués, nous ne manquerons pas non plus de nous aventurer dans l’arène d’un sujet qui fâche certains : la corrida. Des gens qui nous veulent du bien nous ont conseillé de ne pas aborder un tel sujet qui comprend le risque de nous mettre une partie de la population à dos. Nous allons donc faire face. Cara a cara, comme on dit dans les arènes de Madrid. Tant pis si des invectives nous encornent. Ces assauts féroces habilleront de lumières nos plus secrètes fragilités. Celles qui poussent les corps et les images vers la danse.
George Didi-Huberman nous signale que l’acte tauromachique peut se nommer suerte, le sort, le destin (chance ou malchance, c’est selon) et a pour étymologie serere, verbe latin qui dit l’acte de combiner, enchaîner, tresser, entrelacer des figures. C’est tout ce que nous attendons du montage dans l’art vidéo. Il s’agit toujours de dévier légèrement la charge du destin, de la réalité qui fonce sur nous, sans la perdre des yeux.
Cette journée rassemblera des mondes qui n’étaient peut-être pas faits pour se rencontrer, viticulteurs (enfants de contrebandiers), aficio­nados (amants des solitudes dansantes), artistes (capteurs d’inquiétudes)... Nous envisageons des glissements de terrains, ceux du langage, des cultures, des pensées.

14h
dionysos et le Montage
S.M. Eisenstein, dans Théorie générale du montage (1935-1937), écrit : « Dionysos = Naissance du montage ». Il explique ensuite que Dionysos est l’image du montage incarné en ce qu’il danse continûment dans l’ivresse de la vie et se disloque sous le couteau des Titans dans l’expérience de la mort. La puissance dialectique du montage nécessite donc un acte qui réussisse la cruauté d’un découpage (une mise à mort), et la suavité d’une danse ou d’une mise en mouvement.

La muerte del toro
de Marcel Hanoun
(France, 1961) 14’20
Film de montage visuel et sonore autour d’un taureau qui combat dans les arènes.
Octobre à Madrid
de Marcel Hanoun
(France, 1964) 62’
« C’est certainement le film qui m’a le plus hanté et nourri depuis près de quarante ans. Je l’ai vu, pour la première fois, un matin de l’année 1946 au cinéma Quartier Latin. Ces séances pour lève-tôt étaient destinées à faire connaître des films « difficiles » ou fragiles. J’y avais également découvert, dans ce même cadre, Méditerranée de Jean-Daniel Pollet. Après la séance, Hanoun conduisit les spectateurs au café du coin pour dialoguer autour de son travail. Longtemps, la voix réelle du cinéaste s’est confondue, dans ma mémoire, avec celle du narrateur d’Octobre à Madrid, oeuvre ouverte en forme de chroniques d’un film en gestation... Avec Octobre à Madrid, le réalisateur signe le premier film qui va servir de matrice à une partie importante de son œuvre : la réflexion sur l’outil caméra et l’écriture cinématographique y dominent, faisant fi de la psychologie et de la continuité dramatique. Etabli dans la capitale espagnole pour réaliser un documentaire, Hanoun ébauche, sous nos yeux, les diverses étapes d’un film en gestation. L’auteur transforme ses hésitations, ses doutes, et les conditions difficiles de travail en matériaux constitutifs de l’œuvre. Un des premiers films-essais du cinéma français à voir de toute urgence. » Raphaël Bassan.
16h
proFil de vent,
proFil de Feu
et proFil de roc
Federico garcia lorca

Comment le regard du réalisateur se saisit de l’effet sculptural du mouvement ? Comment, dans le même temps, met-il en mouve- ment une immobilité faite d’in- quiétude ? La preuve qu’il existe bel et bien un dynamisme immobile et une immobilité dynamique. In- quiétants oxymorons sans lesquels nulle poésie ne verrait le jour.


Shopping
de Sébastien More

(France, 2007) 15’
L’odyssée d’un veau, son devenir à travers les arcanes de la société de consommation, la course au trajet imprévisible de son corps qui s’éparpille et se métamorphose à mesure que le circuit mercantile se l’approprie et l’absorbe.

Bullfight in Okinawa
de Chris Marker
(France, 1994) 4’10
Deux taureaux, excités par leurs propriétaires, se combattent.

Tauromachie du désastre
de Sylvain Fraysse
(France, 2006) 2’02
Remontage d’une bande super 8 issue du film « La course de taureau ». Ralentis et fondus enchaînés de l’habillage d’un torero.

Corrida
de Man Ray
(USA/France, 1929) 4’50
Dans les  arènes de Pampelune, Man Ray filme la mort des taureaux comme de lentes toupies noires. Images 9,5 mm, noir et blanc, silencieux.

Corrida urbaine
de Marc Mercier
(France, 2008) 3’13
Dans une rue de Ramallah (Palestine), un agent de la circulation danse parmi des taureaux métalliques.

Corrida entrevue
de Marie Herbreteau
(France, 2008) 17’
Se souvenir de avant et de après la corrida. Entre, l’enchaînement et la juxtaposition des événements a épuisé le visible.

Esquisses tauromachiques
d’Alain Bourges

(France, 2008) 11’30
Comme des esquisses faites dans l’arène.

Publié dans Films taurins

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